La domination policière : une violence industrielle.

Mathieu Rigouste, La domination policière. Une violence industrielle, Paris, La fabrique, 2012, 208 pages.

la domination policièreParu depuis  quatre ans déjà, l’ouvrage de Mathieu Rigouste ne perd pas de son intérêt pour analyser le fonctionnement des institutions policières françaises, et à un niveau plus global, de leur rôle au sein du système capitaliste et étatique. Paru aux Editions La Fabrique, La domination policière apparaît comme la synthèse du travail de l’auteur entrepris depuis ses recherches doctorales à la fin des années 2000. 235 pages condensant les conclusions de ses livres précédents: L’ennemi intérieur, La bande à Bauer, et d’un livre moins connu Le théorème de la Hoggra (1). 235 pages au style clair, sans emphase et direct, qui reprend implacablement les aspects développés par l’auteur autour de la généalogie de l’ordre sécuritaire contemporain français. Rigouste fait ce que les lecteurs qui suivent ses écrits et interventions pouvaient attendre de lui : une sorte de manuel, des « outils »  comme il le dit lui-même, afin de renverser les relations de dominations et d’oppressions : « Je fabrique des outils pour démonter les mécanismes de la domination. »

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Comment sortir de la haine : grand entretien avec Jacques Rancière

Le philosophe Jacques Rancière revient sur les causes des dérives identitaires de type religieux que connaît la France. Une catastrophe qui doit être combattue par la politique. Entretien.

L’OBS. Un an après Charlie, deux mois après l’attaque du Bataclan, comment voyez-vous l’état de la société française? Sommes-nous en guerre?
Jacques Rancière. Le discours officiel dit que nous sommes en guerre puisqu’une puissance hostile nous fait la guerre. Les attentats commis en France sont interprétés comme les opérations de détachements exécutant chez nous des actes de guerre pour le compte de l’ennemi. La question est de savoir quel est cet ennemi.
Le gouvernement a opté pour la logique bushienne d’une guerre à la fois totale (on vise la destruction de l’ennemi) et circonscrite à une cible précise, l’État islamique. Mais, selon une autre réponse, relayée par certains intellectuels, c’est l’islam qui nous a déclaré la guerre et met en oeuvre un plan mondial pour imposer sa loi sur la planète.Ces deux logiques se rejoignent dans la mesure où, dans son combat contre Daech, le gouvernement doit mobiliser un sentiment national, qui est un sentiment antimusulman et antiimmigré. Le mot «guerre» dit cette conjonction.

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Pasolini : rage, cinéma et guerre d’Algérie

Article paru sur le site Camp Volant : https://campvolant.com/2013/11/10/pasolini-sublime-rage/

Italie 1963. Le démocrate-chrétien Aldo Moro gouverne. Un film intitulé La Rabbia, «la Rage» sort. Malgré son histoire mouvementée et la polémique suscitée dès avant sa sortie, il est un échec commercial cuisant : « A Rome, deux jours de programmation, peut-être deux à Milan, un à Florence, et stop » écrit Carlo di Carlo. Il est vrai qu’il s’agit-là d’un bien étrange objet cinématographique, constitué de «deux parties antagonistes».

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L’une a été réalisée par Pier Paolo Pasolini. La même année, le poète-cinéaste sort une «passion du Christ», sous le titre La ricotta… Le jour même de cette sortie (un autre échec commercial), Pasolini est accusé «d’ insulte à la religion d’État ». « Beaucoup plus juste aurait été d’accuser le réalisateur d’avoir insulté les valeurs de la petite et moyenne bourgeoisie italienne» écrit Moravia. Pasolini est condamné à quatre mois de prison, le film est confisqué.
C’est donc à ce cinéaste, encore débutant et déjà scandaleux, qu’un important producteur d’actualités cinématographiques confie des centaines d’heures d’archive et de rushs du cinegiornale intitulé Mondo Libero, tout un programme en ces temps de guerre froide.

Pasolini raconte : «Mon ambition était de faire un film, à condition de pouvoir le commenter en vers. Mon ambition était celle d’inventer un nouveau genre cinématographique. Faire un essai idéologique et poétique avec des images nouvelles».

Et Pasolini en a fait La Rabbia.  C’est un montage d’images d’actualites, animées ou non, avec un commentaire en voix off parfois versifié et accompagné de musiques et chansons. Un long poème filmique.La rage

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Nirradieux ni maîtres !

Cinq ans après, la catastrophe de Fukushima répand toujours, invisible et sans odeur, la contamination radioactive dans l’atmosphère et l’océan, inoculant dans le vivant la maladie et la mort. Depuis le largage de Little boy à Hiroshima en 1945, combien de dizaines de milliers de complices ont légué ces êtres radioactifs à des centaines de générations ? Combien de millions ont fermé les yeux ?

Par Élan noir • le 12 mars 2016, Le Monde Libertaire.

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Cobayes humains à Hiroshima et Nagasaki

Comment l’un des pays les plus assujettis aux menaces sismiques, et ayant servi de cobaye aux essais atomiques « in vivo » en 1945, est-il devenu la troisième nation nucléaire du monde ? En fait, le développement du nucléaire civil au Japon est une émanation du nucléaire militaire américain :

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«La poésie c’est le plus joli surnom qu’on donne à la vie»

Jacques Prévert, poète et révolutionnaire

Chanson dans le sang

Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres… le sang des guerres…
le sang de la misère…
et le sang des hommes torturés dans les prisons…
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons…
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit

Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
avec le nouveau-né… avec l’enfant nouveau…
la mère qui crie… l’enfant pleure…
le sang coule… la terre tourne
la terre n’arrête pas de tourner
le sang n’arrête pas de couler

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