Archives pour la catégorie Anarchisme

Regard sur une certaine « gauche »

La gauche de l’entre-soi et le burkini.
Un républicanisme communautariste, un universalisme aux idées réactionnaires.

Par Philippe Marlière. Article publié le 26 /08 / 16 sur son blog https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/260816/la-gauche-de-lentre-soi-et-le-burkini

A lire aussi dans la revue critique « Contretemps » : http://www.contretemps.eu/interventions/gauche-entre-soi-burkini

Dans cet article, Philippe Marlière, professeur de sciences politiques à University College London, revient sur les récentes controverses sur le port du burkini en France, montre la ligne de fracture qu’elles ont créé au sein de la gauche française, et réfute les arguments qui sont déployés pour justifier des attaques racistes et sexistes contre les femmes musulmanes.

Une gauche « républicaine » qui copie une  droite nationaliste ou xénophobe.

Ce sont les photos de la honte et de l’ignominie. Elles sont apparues dans un premier temps dans la presse anglo-saxonne et ont ensuite fait le tour du monde 1. Quatre policiers municipaux armés s’approchent d’une femme allongée sur une plage de galets à Nice. Ils lui ordonnent de retirer un débardeur qui recouvre le haut de son corps. Sous les regards en apparence acquiesceurs de vacanciers dénudés, la femme s’exécute. Ces policiers appliquent un arrêté municipal interdisant le port du burkini sur les plages, ce vêtement qui recouvre l’intégralité du corps.

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David Graeber : « Nos institutions sont antidémocratiques »

«La pensée libertaire est historiquement hostile à l’État »

Entretien inédit pour le site de Ballast :  http://www.revue-ballast.fr/david-graeber/

Économiste et anthropologue américain, David Graeber est également professeur à la London School of Economics — ses positions libertaires valurent à celui que le New York Times présente comme l’un des intellectuels «les plus influents » du monde anglo-saxon d’être remercié de l’université Yale, en 2007. Auteur de Dette, 5000 ans d’histoire, cette figure du mouvement Occupy Wall Street s’attache, dans chacun de ses ouvrages, à démanteler les prétendues vérités propagées par l’imaginaire et la pensée dominante. Dans son dernier essai, Bureaucratie, Graeber renverse un nouveau paradigme et énonce ce qu’il appelle la « loi d’airain du libéralisme» : «Toute réforme de marché, toute initiative gouvernementale conçue pour réduire les pesanteurs administratives et promouvoir les forces du marché, aura pour effet ultime d’accroître le nombre total de réglementations, le volume total de paperasse et l’effectif total des agents de l’État.» Nous nous sommes donné rendez-vous lors de son dernier passage à Paris. Entretien dans un petit hôtel de la capitale.

Vous expliquez que la « science économique » tente de légitimer le fait d’être au service de l’idéologie libérale, qui n’est que « passion », par une extrême rationalité bureaucratique. Diriez-vous que le libéralisme est une religion qui dispose de ses propres dogmes, pratiques et morale, mais que sa légitimité ne repose que sur des croyances ?

Oui. C’est une des choses fascinantes avec l’économie… Prenons le marché : il sait. On ne peut pas aller à son encontre. Mais si on demande aux économistes ce qu’est le marché, ils répondront : « Eh bien, c’est un modèle, cela n’existe pas vraiment. » Ce sont les premiers à admettre que c’est une chose qui a été construite. Et c’est contre-intuitif d’imaginer ce que serait le monde si chacun agissait rationnellement, en détenant une information parfaite. C’est comme s’ils reconnaissaient ainsi avoir créé une idéalisation de toutes pièces, une sorte d’image divine, alors qu’ils l’ont évidemment créée dans l’idée que c’était une chose réelle.

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Abstention ! Révolution ! Autogestion !

★ Il y a des gens qui sont morts pour avoir le droit de vote…

C’est ce qui nous est régulièrement opposé quand on critique le système électoral d’un point de vue anarchiste. Regardons de plus près ce que cela signifie.

Déjà, on peut constater qu’il y en a aussi qui sont morts au combat pour imposer le fascisme, le bolchevisme, une idéologie religieuse, ou une autre dictature, etc… Cela en fait-il pour autant des personnes estimables dont nous devrions suivre la voie ?

Deuxièmement, ce genre de réplique toute faite, qui se veut un argument, émane parfois de certains individus, qui ne font rien pour améliorer la société, pour une plus grande justice sociale. Ils ne font pas grève, ne manifestent pas pour quelque cause que ce soit, font leurs courses dans la grande distribution y compris le dimanche, ne défendent pas l’environnement, ne sont pas solidaires de leurs collègues de travail qui subissent les tracasseries de la hiérarchie et ils répètent les inepties proférées dans les grands médias sans esprit critique… etc.

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