Nirradieux ni maîtres !

Cinq ans après, la catastrophe de Fukushima répand toujours, invisible et sans odeur, la contamination radioactive dans l’atmosphère et l’océan, inoculant dans le vivant la maladie et la mort. Depuis le largage de Little boy à Hiroshima en 1945, combien de dizaines de milliers de complices ont légué ces êtres radioactifs à des centaines de générations ? Combien de millions ont fermé les yeux ?

Par Élan noir • le 12 mars 2016, Le Monde Libertaire.

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Cobayes humains à Hiroshima et Nagasaki

Comment l’un des pays les plus assujettis aux menaces sismiques, et ayant servi de cobaye aux essais atomiques « in vivo » en 1945, est-il devenu la troisième nation nucléaire du monde ? En fait, le développement du nucléaire civil au Japon est une émanation du nucléaire militaire américain :

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«La poésie c’est le plus joli surnom qu’on donne à la vie»

Jacques Prévert, poète et révolutionnaire

Chanson dans le sang

Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres… le sang des guerres…
le sang de la misère…
et le sang des hommes torturés dans les prisons…
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons…
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit

Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
avec le nouveau-né… avec l’enfant nouveau…
la mère qui crie… l’enfant pleure…
le sang coule… la terre tourne
la terre n’arrête pas de tourner
le sang n’arrête pas de couler

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Jacques Rancière : « L’élection, ce n’est pas la démocratie »

« L’acte politique s’accompagne toujours de l’occupation d’un espace que l’on détourne de sa fonction sociale pour en faire un lieu politique : hier l’université ou l’usine, aujourd’hui la rue, la place ou le parvis ».

Entretien publié le 28 mai 2012

Le Nouvel Observateur. L’élection présidentielle est généralement présentée comme le point culminant de la vie démocratique française. Ce n’est pas votre avis. Pourquoi? 

Jacques Rancière. Dans son principe, comme dans son origine historique, la représentation est le contraire de la démocratie. La démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale de tous. Et son mode normal de désignation est le tirage au sort, tel qu’il se pratiquait à Athènes, afin d’empêcher l’accaparement du pouvoir par ceux qui le désirent.

La représentation, elle, est un principe oligarchique: ceux qui sont ainsi associés au pouvoir représentent non pas une population mais le statut ou la compétence qui fondent leur autorité sur cette population: la naissance, la richesse, le savoir ou autres.

Notre système électoral est un compromis historique entre pouvoir oligarchique et pouvoir de tous: les représentants des puissances établies sont devenus les représentants du peuple, mais, inversement, le peuple démocratique délègue son pouvoir à une classe politique créditée d’une connaissance particulière des affaires communes et de l’exercice du pouvoir. Les types d’élection et les circonstances font pencher plus ou moins la balance entre les deux.

L’élection d’un président comme incarnation directe du peuple a été inventée en 1848 contre le peuple des barricades et des clubs populaires et réinventée par de Gaulle pour donner un «guide» à un peuple trop turbulent. Loin d’être le couronnement de la vie démocratique, elle est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit des représentants d’une classe de politiciens dont les fractions opposées partagent tour à tour le pouvoir des «compétents».

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Sauvons-nous du règne des sots

 

Dans la haine il n’y a que haine,
Puis de la haine
Et encore de la haine.

Dans le mépris il n’y a que mépris
Puis du mépris
Et encore et toujours du mépris.

Dans la vengeance, il n’y a que vengeance
Puis de la vengeance
Et, toujours, interminablement, de la vengeance.

Vous n’en baillez pas quelquefois d’ennui ?

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Les « citoyennistes » contre les langues régionales

Langue et citoyenneté

NOUS SOMMES TOUS DES BARBARES

Vau mielh esser auseu de bòsc qu’auseu de gàbia
(Il vaut mieux être oiseau des bois qu’oiseau de cage, proverbe limousin)

Article paru en 2003 dans le numéro spécial de « Courant alternatif » (PDF).

Actuellement, le français est la langue nationale de la France. Cela semble évident, mais ce n’est qu’en 1992 que cela a été officialisé par l’introduction dans l’article 2 de la Constitution de la phrase : “La langue de la République est le français”. Tout en sachant que d’autres langues, non officielles, sont parlées en France, que le français est parlé dans d’autres pays et que certains des états voisins sont officiellement multilingues, la plupart de nos concitoyens considèrent comme allant de soi qu’une langue coïncide avec une identité nationale. Ce n’est en fait pas très fréquent et résulte d’une politique forgée depuis quelques siècles en France, voire quelques décennies dans d’autres pays.

Cependant le lien entre citoyenneté et langue est bien plus ancien puisqu’il remonte à l’antiquité grecque. Pour être citoyen d’une cité grecque, il fallait parler la langue grecque (même si elle comprenait alors au moins quatre dialectes différents). Les langages des autres peuples, incompréhensibles aux grecs étaient qualifiés de barbares. Les barbares étaient tous ceux qui ne pouvaient être compris et n’étant pas grecs ne pouvaient être citoyens. L’acquisition de la langue faisait partie des conditions nécessaires pour devenir citoyen.

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